Bathing in self love

(Les Culottées n’est pas sur la photo car je l’ai prêté pour prêcher la bonne parole autour de moi 🤷)

On a tous des moments plus ou moins difficiles à passer dans la vie, des événements ou des choses qui nous font perdre un peu confiance en la vie, en nous-même, qui nous font douter de notre valeur et nous font perdre un peu d’estime de soi. C’est loin d’être agréable, convenons-en. Je sors d’une période de ce genre et je reprends tranquillement goût à tout ce que j’aime faire, mais ça n’a pas été de tout repos de ce sortir de cet état d’esprit. Et pour m’en sortir, de cet état d’esprit dépréciatif et auto-dénigrant, j’ai fait ce que je sais faire de mieux (en dehors des blagues auto-dénigrantes, du coup) : j’ai lu des livres, plein de livres. Certains d’entre eux m’ont pas mal aidé, chacun à leur façon. Donc voici une petite sélection non exhaustive des livres bons pour le moral et l’estime de soi.

The subtle art of not giving a fuck, Mark Manson

J’ai en général un peu de mal avec les lectures de développement personnel qui t’enjoignent à être heureux, à relativiser tes problèmes et à te dire qu’il y a pire donc oublie le chouinage et concentre-toi sur le positif, fais du sport, mange équilibré et tout ira mieux. Ça vomit un genre d’hypocrisie qui ne me plaît pas et ne me parle pas du tout. Eh bien The Subtle Art of not giving a fuck, de Mark Manson, est carrément à l’opposé de tout ça. Il part du principe que oui, on a tous des problèmes, les ignorer ne servira à rien, il faut au contraire les reconnaître et les accepter pour pouvoir bien plus aisément les régler; qu’être heureux, ce n’est pas une fin en soi, mais un cheminement. Et que ce chemin n’est pas toujours facile. Il dit aussi que dans la vie, on ne peut pas être concerné par tout, tout le temps, sinon on ne s’en sort pas. Qu’on a un nombre limité de fucks to give et qu’il faut choisir consciencieusement à quoi on veut les consacrer. Bref, il dit plein de choses très intéressantes sur le bonheur, les problèmes, les relations amoureuses, la mort, notre perception de nous même et des autres, et comment se dépêtrer de tout ça du mieux qu’on peut. En plus de ça il dit plein de gros mots et donc forcément, ça me plaît. Je l’ai lu en anglais, mais il existe en français sous le titre L’art subtil de s’en foutre.

Morceau choisi :

If it feels like it’s you versus the world, chances are it’s really just you versus yourself.

Les Culottés 2, Pénélope Bagieu

Un classique (je crois qu’on peut le décrire comme tel en toute honnêteté), mais c’est toujours important de rappeler l’existence de cette BD exceptionnelle de Pénélope Bagieu. Je me suis enfin décidée à acheter le tome 2 presque deux ans après avoir lu le premier, et encore une fois ça valait clairement le coup ! On retrouve donc des portraits de femmes qui n’en font qu’à leur tête, aussi variées que des volcanologues, des reines des bandits, des actrices, des avocates, des journalistes et j’en passe. Parfait pour se rappeler qu’on peut être badass à n’importe quel âge, dans n’importe quel pays et peu importe ce qu’on fait de sa vie. Et pour se rappeler que nous aussi on peut être des femmes fortes et exceptionnelles à notre niveau.

Morceau choisi (extrait du portrait de Naziq al-Abid, activiste syrienne du début du 20e siècle) :

The sun and her flowers, Rupi Kaur

Son premier recueil, Milk and Honey m’avait déjà beaucoup plu, mais je crois que celui l’a m’a encore plus parlé. Je l’ai lu au bon moment, et certains poèmes ont vraiment résonné en moi, ont vraiment fait écho à ce que je ressentais au moment où je les ai lu. C’est doux, c’est triste, mais c’est positif et ça redonne espoir, ça nous apprend à nous aimer tel qu’on est. Comme pour son premier recueil, il y a un cheminement qui se fait dans l’ordre de lecture. Les poèmes sont divisés en 5 parties : wilting, falling, rooting, rising, blooming (faner, tomber, prendre racine, pousser, fleurir). Cette division nous montre que oui, peut-être qu’en ce moment on est plutôt dans la partie wilting ou falling, mais que petit à petit, ça ira mieux, et qu’on fleurira de nouveau. C’est plein d’espoir et en lisant cela on se dit que tout finira par s’arranger.

Morceau choisi :

it isn’t what we left behind
that breaks me
it’s what we could’ve built
had we stayed

Everything I know about love, Dolly Alderton

Clairement ma lecture préférée de ces derniers mois. Dolly Alderton est une journaliste et autrice anglaise qui a eu une jeunesse pour le moins occupée, entre les soirées, les mecs, les potes et les galères. Elle raconte tout cela, et nous parle donc de tout ce qu’elle sait à propos de l’amour, tout ce qu’elle a cru savoir, et tout ce qu’elle a appris au gré de ses expériences, que ça soit de l’amour passion, de l’amour amitié ou de l’amour famille. C’est déjà assez rafraîchissant de lire un livre qui parle d’amour, écrit par une personne qui a grandi sensiblement à la même époque que moi (elle a 29 ans), et qui a donc des références et des habitudes dans lesquelles je me reconnais. Mais surtout, c’est une énorme claque de positivité, pour apprendre à s’aimer et assimiler qu’on est suffisants tels qu’on est. Que l’amour c’est pas juste être en couple, c’est aussi aimer ses amis, sa famille, et surtout s’aimer soi-même. J’ai ri et j’ai pleuré en lisant ce livre, il m’a vraiment fait du bien, d’une façon que je n’aurais jamais pu prévoir. Vraiment, foncez, lisez ce livre.

Morceau choisi :

Because I am enough. My heart is enough. The stories and the sentences twisting around my mind are enough. I am fizzing and frothing and buzzing and exploding. I’m bubbling over and burning up. My early-morning walks and my late-night baths are enough. My loud laugh at the pub is enough. My piercing whistle, my singing in the shower, my double-jointed toes are enough. I am a just-pulled pint with a good, frothy head on it. I am my own universe; a galaxy; a solar system. I am the warm-up act, the main event and the backing singers.
And if this is it, if this is all there is – just me and the trees and the sky and the seas – I know now that that’s enough. I am enough.

Voilà pour cette petite sélection, et surtout n’oubliez pas, comme le dit une très bonne amie à moi :

Tu es faillible, imparfait.e, mais digne d’intérêt.

Parce qu’on n’est pas déterminés par ce qui nous arrive dans la vie, et qu’on reste des êtres humains avec des faiblesses, des défauts, mais ça ne fait pas de nous des personnes moins importantes, moins aimables. Et parce que, même si c’est pas toujours facile, l’amour, c’est bien de le donner aux autres, mais c’est encore mieux de se le donner à soi-même.

Vernon Subutex

Vernon Subutex livres 1, 2 et 3

Et non vous ne rêvez pas, il y a bien un nouvel article sur Petit Papier ! J’ai été un peu rattrapée par le rythme effréné de la vie ces derniers temps mais cette fois-ci je prends les devants et j’ai attendu d’avoir quelques articles d’avances avant de reprendre les publications, comme ça même en cas de manque de temps chronique, je pourrai fournir au moins pour un temps. Je vais d’ailleurs être réaliste et suivre le rythme d’un article toutes les deux semaines. Sur ce, entrons dans le vif du sujet 🙂

Ça fait des années que je me dis qu’il faut que je lise Virginie Despentes, cette auteure française reconnue, talentueuse, et féministe en plus de cela, mais je n’ai jamais vraiment pris le temps de le faire. Depuis quelques mois maintenant, j’entendais parler de la trilogie Vernon Subutex, et que en bien, de personnes totalement différentes, et j’avais de plus en plus envie de la lire. Et puis à Noël, ma belle-sœur, qui faisait partie de ces personnes m’en ayant dit beaucoup de bien, m’a offert les trois tomes. Et je la remercie ! Quelle aventure que la lecture de cette fresque !

QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde disparu.
L’ultime visage de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

Le texte de quatrième de couverture donne très peu d’informations, et c’est en fait pour le mieux. C’est une lecture qui s’apprécie d’autant plus qu’on sait vaguement à quoi s’attendre, qu’on n’a pas d’idée précise de ce que l’on s’apprête à lire, et qu’on est à peu près incapable d’en faire un résumé fiable une fois la lecture terminée.

Pour placer le contexte dans lequel l’histoire évolue je ne dirai que ça : on suit l’histoire de Vernon Subutex donc, un ancien disquaire, au chômage depuis qu’il a été obligé de fermer boutique faute de clients, et qui s’apprête à se retrouver à la rue. On le retrouve alors qu’il apprend la mort du chanteur Alex Bleach, qui était un vieil ami à lui. Entre souvenirs du passé et appréhension du futur, Vernon avance comme il peut dans cette société qu’il a un peu de mal à appréhender.

Vernon Subutex, c’est une immense fresque de la vie humaine. Ce n’est pas juste l’histoire de Vernon non, il n’est finalement qu’un prétexte à l’auteure pour peindre le portrait d’une époque, d’une société, d’une ambiance. L’histoire s’articule autour de la vie de Vernon, mais l’on découvre la vie de tout un tas d’autres personnages intéressants, complets, complexes même. La particularité de cette saga est qu’à chaque chapitre on change de narrateur. On alterne tout du long entre une dizaine de personnages autour desquels tourne l’intrigue, parfois pour quelques pages, parfois pour tout un livre ou toute la trilogie. Au début c’est assez perturbant, on peine un peu à faire le lien entre les différents personnages : qui connaît qui, comment leurs histoires s’imbriquent, même si le point commun à chaque personnage est toujours le même : Vernon Subutex. Mais peu à peu l’image d’ensemble se construit et les tenants et aboutissants de l’intrigue se mettent en place. L’autre point fort de cette trilogie, au delà de l’écriture très brute mais cependant agréable à lire de Virginie Despentes, c’est l’ambiance propre à chaque tome. J’ai refermé le premier livre en m’attendant à me replonger directement dans l’histoire en commençant le deuxième, sans transition. Alors qu’en fait entre chaque tome il y a une ellipse, mais surtout un changement d’atmosphère. On sent vraiment qu’on passe à une autre partie de l’histoire, une autre époque de cette fresque qui s’étale sur plusieurs années.

Les personnages de Vernon Subutex sont vraiment intéressants, comme je le disais un peu plus haut. On a vraiment des individus complexes, ni tout blancs ni tout noirs, tout en nuances, qu’on se prend à détester dans un chapitre et à plaindre dans celui d’après. Ils sont (presque) tous un peu détestables mais attachants à leur façon. Et finalement c’est ça aussi qui fait la force de cette trilogie : on est face à des gens réalistes, crédibles, pleins de nuances, de faiblesses et de défauts. Comme dans la vraie vie. Et c’est assez rafraîchissant finalement. Tout comme le fait que l’histoire soit rattachée aux événements réels qui se sont passés ces dernières années, à des endroits que l’on connaît. Je me suis vraiment sentie intégrée à l’histoire en suivant les personnages déambuler à travers Paris, et vivre des événements que j’ai vécus. C’est à la fois une drôle de sensation de lire de la fiction sur des choses qu’on connaît dans la vraie vie, mais aussi finalement assez réconfortant de se reconnaître dans certaines sensations, certaines réactions.

Le seul bémol est pour moi l’épilogue. Le troisième tome se finit parfaitement, entre violence, surprise et tristesse, et l’épilogue arrive pour moi comme un cheveu sur la soupe. Je l’ai lu les yeux écarquillés, ne comprenant pas trop ce que ça venait faire là. Donc j’ai décidé de ne pas en tenir compte. Ne lisez pas l’épilogue (ou lisez-le mais comme ne faisant pas partie de l’histoire).

Je n’ai pas envie de vous en dire plus, parce que je veux que votre expérience de lecture soit similaire à la mienne : pas trop d’infos, juste assez pour se dire que ça a l’air vraiment cool comme trilogie et que ça vaut peut-être le coup de s’y intéresser. Quand vous aurez commencé le premier tome, vous n’aurez plus besoin d’être convaincus.

The Handmaid’s Tale

Elizabeth Moss dans The Handmaid's Tale

Si vous avez pas entendu parler de The Handmaid’s Tale (La Servante écarlate en français) en 2017 ce que vous avez été coupé du monde, ou au moins des réseaux sociaux, parce que tout le monde ne parlait que de ça. Et à raison. Qu’est-ce que c’est que The Handmaid’s Tale ? A l’origine, c’est un roman dystopique écrit par Margaret Atwood dans les années 80, dont le résumé est le suivant :

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Le roman a été adapté en série en 2017, d’où le retour de hype du roman par la même occasion. Ça faisait plusieurs mois voire années que j’avais envie de lire ce livre et puis finalement il passait toujours à la trappe au profit d’autres lectures. Avec l’arrivée de la série, ça m’a motivé à enfin le lire. Parce que je voulais regarder la série, mais en bonne lectrice je voulais d’abord avoir un aperçu de l’oeuvre originale. J’ai beaucoup apprécié le livre, notamment par sa crédibilité dans le futur dystopique qu’il présente. La société de Gilead est aberrante et extrême, mais finalement le basculement arrive très vite et nous permet de nous rendre compte qu’il ne manque pas grand chose au monde dans lequel on vit actuellement pour que cela devienne notre quotidien. Le roman présente parfaitement le fonctionnement de la société, les différentes catégories d’individus qui la composent, les règles qui la régissent et les oppositions qui s’y organisent. Malgré cela, j’ai trouvé l’histoire assez lente, et même si clairement le but de ce roman n’est pas de proposer de l’action à chaque instant, j’ai trouvé que c’était une lecture assez contemplative, assez passive. On voit les événements se dérouler lentement sous nos yeux et ça manque un peu de rythme.

C’est pour cela que j’ai vraiment apprécié l’adaptation en série. Elle est extrêmement fidèle à l’univers du livre, et présente parfaitement la société de Gilead, tout comme le roman l’a fait avant elle. De ce côté là, l’adaptation est superbe. La série a cependant pris des libertés quand à l’histoire de Defred (Offred en VO) et c’est à mon avis pour le mieux. La faiblesse du livre résidait à mes yeux dans le manque d’action, et la série comble parfaitement ce manque. On y retrouve quelques instants plutôt contemplatifs avec la voix off du personnage principal qui déroule ses pensées, mais cela donne de bonnes respirations aux épisodes qui sont généralement plutôt mouvementés. Lorsque j’ai eu fini le premier épisode, j’ai eu l’impression que les trois quart du livres avaient été abordés, et je me suis vraiment demandée comment allaient se construire les autres épisodes de la série. Finalement, on retrouve la trame principale du roman, mais enrichie de détails. Notamment au niveau des flashbacks, qui sont déjà présents dans le livre, mais qui sont plus fréquents dans la série et nous en apprennent davantage sur la vie passée de June, avec Luke et Hannah ou avec Moira, et même du Commandant et de Serena Joy, ou de Nick, mais aussi de la mise en place progressive de ce régime totalitaire. De façon générale, les personnages secondaires sont bien plus développés et travaillés dans la série, et c’est pour le mieux (et quel plaisir de retrouver Samira Wiley dans le rôle de Moira ! J’ai poussé un petit cri de joie en la voyant apparaître sur mon écran).

Enfin, si la première saison se termine à peu près de la même façon que le livre, elle laisse plus de possibilités à la suite des événements, et je suis vraiment impatiente de voir la saison deux qui sort à la fin du mois d’avril ! J’aime vraiment l’univers qu’ils ont réussi à développer à partir de l’histoire originelle, je trouve que c’est une série vraiment bien travaillée et intéressante, aussi bien en ce qui concerne l’histoire que les personnages, et même la qualité visuelle est assez exceptionnelle. Aussi, la série semble offrir plus de possibilités à la rébellion que le roman, qui m’a laissée un peu dépitée sur la situation générale de Gilead, tandis que la série propose une petite note d’espoir, une porte de sortie de cette société horrible où les femmes sont exploitées ainsi.

Et oui, car comment parler de cette oeuvre sans évoquer le fort message féministe (vous commencez à me connaître) qui se cache derrière ? Gilead est une société où les femmes sont réduites à leur seule fonction reproductrice pour les servantes, tandis que les marthas ne sont finalement bonnes qu’à faire la cuisine et le ménage, et les épouses sont de jolis pots de fleurs décoratifs aux côtés de leurs maris qui dirigent. Ok, dit comme ça c’est tout sauf féministe, mais puisque la série dénonce cela en nous présentant des personnages féminins qui luttent contre ces statuts et qui essaient de se sortir de cette société, ça l’est effectivement, féministe. Que ce soit June/Defred qui clairement ne se satisfait pas de son rôle de réceptacle à semence et qui lutte à hauteur de ses moyens pour ne serait-ce qu’avoir la satisfaction de dire “vous ne m’avez pas brimée, je fais ce que je veux”, ou bien Serena Joy qui malgré son statut privilégié d’épouse d’un Commandant haut placé, se rend compte de tout ce qu’elle a perdu par rapport à sa vie d’avant, et qui enfreint allègrement les lois qu’elle a elle-même participé à écrire, on a des personnages féminins qui ne veulent plus se plier à la volonté de cette société dirigée par des hommes et qui luttent à leur niveau pour s’octroyer un peu de liberté. Et j’ose espérer que la deuxième saison nous offrira encore plus de rébellion, de femmes fortes et inspirantes et d’actions contre cette société terrible.

C’est donc un bilan très positif pour tout cet univers, même si clairement la série a dépassé mes espérances et est pour moi une adaptation presque meilleure que l’original. C’est assez rare pour être souligné ! Je ne peux que vous conseiller de lire le livre, puis regarder la première saison à temps pour la sortie des prochains épisodes, qui arrive très bientôt.

Avez vous lu/vu cette œuvre ? Ça vous a plu ? Trouvez-vous que c’est une bonne adaptation ?

Bad Feminist de Roxane Gay

Aujourd’hui je viens vous parler du livre de Roxane Gay, Bad Feminist, et ce dans le cadre du Femini-Books. Qu’est-ce que c’est que ce truc encore ? C’est un projet mis en place par Opalyne et qui prend place tout le mois de mars : le but est de mettre en avant le féminisme à travers des ouvrages qui nous ont marqués. Chaque jour un blogueur présente un livre (le projet est développé en parallèle sur Youtube avec chaque jour une vidéo sur un livre féministe). Pour la partie blog, hier c’était Little Zommbie qui vous présentait la BD sur Le Féminisme de La Petite bédéthèque des savoirs (qui est d’ailleurs une super BD d’initiation aux principales revendications féministes) et aujourd’hui c’est à mon tour !

J’ai donc choisi de vous parler du recueil d’essais de Roxane Gay, Bad Feminist. En abordant divers sujets de la vie de tous les jours, elle présente sa vision du féminisme et traite des questions de genre et de race.

Bad Feminist. Derrière ce titre ironique, Roxane Gay développe une réflexion révolutionnaire et bienvenue sur l’état actuel du féminisme. Lassée des prises de position parfois trop clivantes de certaines organisations féministes, et fatiguée d’entendre des femmes dire qu’elles ne sont pas féministes, elle rappelle que la défense de l’égalité des sexes ne dispense pas d’assumer ses contradictions : on peut aimer la télé-réalité, se peindre les ongles en rose et revendiquer le fait d’être féministe.

Les essais sont regroupés en plusieurs grandes catégories : “Me”, “Gender & Sexuality”, “Race & entertainment”, “Politics, gender & race”, “Back to me”. Elle y aborde des sujets qui lui sont chers tels que l’amitié entre femmes, les discriminations de sexe, genre, race et poids, la représentation des femmes, des noirs, et des femmes noires dans la pop culture, tout un tas de sujets ancrés dans notre quotidien et dans ce que l’on voit en permanence sur internet, les réseaux sociaux, les séries, les films et la littérature. L’idée principale défendue par ce livre, c’est qu’il n’existe pas une bonne formule au féminisme. On a tous nos défauts, nos travers, l’important est de le savoir, d’en avoir conscience et de tendre vers un idéal (même si on ne l’atteint jamais). Roxane Gay évoque le fait que le féminisme mainstream n’est pas celui de toutes, et que chacune a sa vision des choses, et qu’il faut savoir prendre en compte les particularités de chacune pour pouvoir défendre tout le monde. En gros, chacun fait ce qu’il peut à son échelle, en ayant conscience de ses imperfections pour s’améliorer constamment, apprendre des expériences des autres et rester ouvert aux expériences de chacun.

Quant aux sujets qu’elle aborde dans les différents essais de son livre, ils sont pertinents, parfaitement traités, et j’ai oscillé entre approbation totale de ses propos sur les sujets féministes, et apprentissage sur les sujets qui concernaient davantage les questions de race. Ce recueil est une mine de savoir, de connaissances et d’apprentissage qui nous fait remettre en question en permanence sur les différents sujets importants abordés dans ses pages. On comprend que oui, beaucoup de chemin a été parcouru ces dernières années, mais qu’il en reste encore énormément à faire. Et voilà, maintenant j’ai envie de le relire !

Je vous conseille dans la mesure du possible de le lire en anglais, c’est vraiment toujours plus agréable de lire les livres dans la langue d’origine, mais si jamais vous préférez la version française, sachez qu’il sort la semaine prochaine chez Denoël !

Pour la suite du Femini-Books, ça se passe demain sur le blog de Notes Meteques, par ici. Vous pouvez également aller faire un tour sur le Twitter et le Facebook du projet, pour voir tous les articles et toutes les vidéos de cette session !

Le vrai sexe de la vraie vie

Aujourd’hui je viens vous parler du Vrai sexe de la vraie vie. Alors non, je ne vais pas vous raconter ma vie privée, mais plutôt vous parler des deux tomes de l’excellente BD écrite par Cy. Elle a commencé chez Madmoizelle, où elle a entre autres publié une série d’articles intitulée Le dessin de Cy.(prine), et on admire ce jeu de mot parfait, d’ailleurs ! Bref, c’était une petit chronique BD où elle racontait des anecdotes de cul sans phare et sans complexe. Elle a continué sur cette voie avec cette superbe BD publiée chez Lapin, et qui compte pour l’instant 2 tomes (et j’espère qu’il y en aura plein d’autres !).

Tu as remarqué, malin(e) comme tu es, que ce livre va parler de sexe. Mais est-ce qu’on t’a déjà parlé du VRAI sexe ? Celui avec des maladresses et des ratés (dans les 2 sens du terme), celui qui est pudique et hésitant, celui avec du sable dans la shnek, celui de la première fois, celui avec le décor qui casse ou les sphincters qui lâchent, celui dans des endroits inconfortables, celui avec un handicap, celui avec des objets, celui avec des vrais gens, hétéros, homos, bi ou transgenres, celui avec ou sans amour, bref celui qui change du porno et qui décomplexe à mort nos soubresauts maladroits et humains.

Bon ben tout est dit dans ce résumé de l’éditeur, en fait. Cy nous raconte des anecdotes de la vie réelle, avec des gens divers et variés, des sexualités diverses et variées, à qui il arrive plein d’histoires compliquées et pas fluides et pas parfaites. On s’identifie toujours un peu à l’un ou l’autre des personnages dépeints dans ces anecdotes, à certaines mésaventures, à certains complexes ou gênes. Il y en a pour tous les goûts et tous les individus, c’est assez peu probable que tu ne te reconnaisses pas un minimum dans l’une ou l’autre des histoires. C’est frais, ça change des clichés du sexe qu’on voit dans les films/séries, le porno ou autres objets de la culture populaire qui nous en donnent une image lisse, parfaite et sans accroc, ou faussée et toujours pareille. En plus de cela, les dessins sont franchement beaux, aussi bien à l’intérieur que sur la couverture.

Instant anecdote : J’ai acheté les deux tomes d’un coup pendant ma pause déjeuner. Dans l’après-midi, une de mes collègues les a entraperçus dans mon sac et m’a demandé ce que c’était, parce que ça avait l’air joli. Donc je lui ai montré, et petite surprise en voyant qu’en fait c’était plein de petits gens qui faisaient du sexe ! Fin de l’instant anecdote.

Aussi, de temps en temps après une histoire, Cy revient sur quelques notions importantes, du style “se protéger”, “le consentement”, “le sexe avec un handicap”, ce genre de choses. De petites interludes pleines d’informations importantes et intéressantes, présentées de façon ludique et attrayante. Un petit plus non négligeable qui donne une dimension supplémentaire à la BD, et qui montre bien qu’on est pas là juste pour lire des histoires de cul, mais aussi pour apprendre, comprendre, et s’y reconnaître.

Bref, c’est un gros coup de cœur, je les ai dévorés en une soirée, c’est beau, c’est bien, c’est intéressant, c’est parfois drôle, parfois moins, mais toujours juste. C’est diversifié et ça parle à tous, peu importe ton orientation sexuelle, ton genre, ton sexe, ta couleur de peau, tes préférences. C’est d’utilité publique, donc lis-le (oui, c’est un ordre) !

Royal : du droit, de la coke et du cynisme

Aujourd’hui je viens vous parler d’un livre, et pas de n’importe quel livre, puisqu’il s’agit de Royal, de Jean-Philippe Béril-Guérard. Si le titre du livre vous est tout aussi inconnu que son auteur, c’est à peu près normal, puisque c’est un auteur québécois, publié dans une maison d’édition québécoise, et qui n’a pas vraiment eu la chance de s’exporter de notre côté de l’Atlantique. Pourtant, il le mérite amplement.
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Avant toute chose, petit retour sur ma rencontre avec ce livre frappant. Avant de rentrer en France, en novembre, j’ai travaillé au Salon du Livre de Montréal, et j’ai profité du rabais exposant ainsi que de l’occasion pour me ramener un petit souvenir du Québec. J’ai jeté mon dévolu sur une petite maison d’édition québécoise qui a un catalogue aussi cool que son nom : Les éditions de ta mère. Ce joli livre à la couverture graphique a attiré mon regard, sa quatrième de couverture m’a intriguée, et l’amie qui était avec moi vantant ses mérites a fini de me convaincre. Elle a pris soin avant de me prévenir que c’était une lecture dure, pas le genre de livre que tu lis en une seule fois sous peine de déprimer sévère. Et j’ai bien pris conscience de ça en commençant ma lecture.
La faculté de droit de l’Université de Montréal est le dépotoir de l’humanité. Tu le sais : t’en es le déchet cardinal. Tu viens de commencer ta première session, mais y a pas une minute à perdre : si tu veux un beau poste en finissant faudra un beau stage au Barreau et si tu veux un beau stage au Barreau faudra une belle moyenne au bacc et si tu veux une belle moyenne au bacc faudra casser des gueules parce qu’ici c’est free-for-all et on s’élève pas au-dessus de la mêlée en étant gentil. Être gentil, c’est être herbivore, c’est se vautrer dans la médiocrité, et toi tu comprends pas la médiocrité, tu aimes pas la médiocrité, tu chies sur la médiocrité. Toi, t’es venu ici pour être le roi de la montagne, et le début des cours, c’est le début du carnage.
La quatrième de couverture annonce clairement la couleur, et malgré cela, dès les premières pages, on se prend une grande claque de cynisme dans la gueule. On oscille entre cynisme, désespoir et perte totale de foi en l’humanité au long des trois cent pages que comporte ce roman.
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Royal nous plonge directement dans la tête du personnage principal, un fils de bonne famille, riche, prétentieux, bien foutu, sûr de lui, meilleur que tout le monde. On suit son évolution dans le monde du droit, à partir son intégration au baccalauréat de droit à L’UdeM (le baccalauréat est l’équivalent d’une licence au Québec, et l’UdeM c’est l’Université de Montréal). C’est un monde de requin, tout le monde veut la meilleure place et peu nombreux arriveront au sommet. Mais celui qui a tout pour réussir n’est pas forcément celui qui finit en haut de l’échelle, dans cette histoire. Au départ, notre héros a cette attitude de coq dans sa basse-cour, comme si tout lui appartenait et qu’il régnait en maître sur ce domaine. Il va cependant rapidement déchanter. On est plongés dans un univers impitoyable (Dallaaaas), où chacun est prêt à écraser les autres pour arriver au sommet, où il n’y a aucune solidarité, aucune fraternité, juste du bon gros chacun pour soi et de la compétition à outrance.
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C’est un roman sombre, brutal, dur, dérangeant. Pendant cette lecture, j’ai été partagée entre l’envie d’espacer les séances de lecture pour préserver ma santé mentale et mes émotions, et l’envie de tout lire d’une traite tellement l’histoire est prenante, l’écriture parfaitement calibrée et le personnage principal détestable à souhait. L’univers du droit est parfait pour mettre en lumière cette obsession de la performance et l’espèce de sentiment de supériorité des classes “dominantes” sur les classes inférieures. J’ai vraiment détesté le personnage principal, et en même temps, au fil du récit, il montre son humanité, ses faiblesses, et on en vient presque à se prendre de pitié pour lui. Presque. La narration à la deuxième personne m’a un peu effrayée au début, mais on s’y fait très rapidement, et cela joue vraiment dans le rythme du livre, cela s’adapte parfaitement au sujet et à l’histoire. Le style, l’ambiance, l’intrigue, le personnage principal, tout se combine à merveille pour nous offrir cette histoire terriblement poignante.
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En tout cas grande réussite pour ce roman qui remplit parfaitement sa mission : nous faire réfléchir, nous mettre mal à l’aise, nous emporter dans son histoire sans pouvoir s’en sortir avant la dernière page, qui arrive un peu trop vite.
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