Royal : du droit, de la coke et du cynisme

Aujourd’hui je viens vous parler d’un livre, et pas de n’importe quel livre, puisqu’il s’agit de Royal, de Jean-Philippe Béril-Guérard. Si le titre du livre vous est tout aussi inconnu que son auteur, c’est à peu près normal, puisque c’est un auteur québécois, publié dans une maison d’édition québécoise, et qui n’a pas vraiment eu la chance de s’exporter de notre côté de l’Atlantique. Pourtant, il le mérite amplement.
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Avant toute chose, petit retour sur ma rencontre avec ce livre frappant. Avant de rentrer en France, en novembre, j’ai travaillé au Salon du Livre de Montréal, et j’ai profité du rabais exposant ainsi que de l’occasion pour me ramener un petit souvenir du Québec. J’ai jeté mon dévolu sur une petite maison d’édition québécoise qui a un catalogue aussi cool que son nom : Les éditions de ta mère. Ce joli livre à la couverture graphique a attiré mon regard, sa quatrième de couverture m’a intriguée, et l’amie qui était avec moi vantant ses mérites a fini de me convaincre. Elle a pris soin avant de me prévenir que c’était une lecture dure, pas le genre de livre que tu lis en une seule fois sous peine de déprimer sévère. Et j’ai bien pris conscience de ça en commençant ma lecture.
La faculté de droit de l’Université de Montréal est le dépotoir de l’humanité. Tu le sais : t’en es le déchet cardinal. Tu viens de commencer ta première session, mais y a pas une minute à perdre : si tu veux un beau poste en finissant faudra un beau stage au Barreau et si tu veux un beau stage au Barreau faudra une belle moyenne au bacc et si tu veux une belle moyenne au bacc faudra casser des gueules parce qu’ici c’est free-for-all et on s’élève pas au-dessus de la mêlée en étant gentil. Être gentil, c’est être herbivore, c’est se vautrer dans la médiocrité, et toi tu comprends pas la médiocrité, tu aimes pas la médiocrité, tu chies sur la médiocrité. Toi, t’es venu ici pour être le roi de la montagne, et le début des cours, c’est le début du carnage.
La quatrième de couverture annonce clairement la couleur, et malgré cela, dès les premières pages, on se prend une grande claque de cynisme dans la gueule. On oscille entre cynisme, désespoir et perte totale de foi en l’humanité au long des trois cent pages que comporte ce roman.
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Royal nous plonge directement dans la tête du personnage principal, un fils de bonne famille, riche, prétentieux, bien foutu, sûr de lui, meilleur que tout le monde. On suit son évolution dans le monde du droit, à partir son intégration au baccalauréat de droit à L’UdeM (le baccalauréat est l’équivalent d’une licence au Québec, et l’UdeM c’est l’Université de Montréal). C’est un monde de requin, tout le monde veut la meilleure place et peu nombreux arriveront au sommet. Mais celui qui a tout pour réussir n’est pas forcément celui qui finit en haut de l’échelle, dans cette histoire. Au départ, notre héros a cette attitude de coq dans sa basse-cour, comme si tout lui appartenait et qu’il régnait en maître sur ce domaine. Il va cependant rapidement déchanter. On est plongés dans un univers impitoyable (Dallaaaas), où chacun est prêt à écraser les autres pour arriver au sommet, où il n’y a aucune solidarité, aucune fraternité, juste du bon gros chacun pour soi et de la compétition à outrance.
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C’est un roman sombre, brutal, dur, dérangeant. Pendant cette lecture, j’ai été partagée entre l’envie d’espacer les séances de lecture pour préserver ma santé mentale et mes émotions, et l’envie de tout lire d’une traite tellement l’histoire est prenante, l’écriture parfaitement calibrée et le personnage principal détestable à souhait. L’univers du droit est parfait pour mettre en lumière cette obsession de la performance et l’espèce de sentiment de supériorité des classes “dominantes” sur les classes inférieures. J’ai vraiment détesté le personnage principal, et en même temps, au fil du récit, il montre son humanité, ses faiblesses, et on en vient presque à se prendre de pitié pour lui. Presque. La narration à la deuxième personne m’a un peu effrayée au début, mais on s’y fait très rapidement, et cela joue vraiment dans le rythme du livre, cela s’adapte parfaitement au sujet et à l’histoire. Le style, l’ambiance, l’intrigue, le personnage principal, tout se combine à merveille pour nous offrir cette histoire terriblement poignante.
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En tout cas grande réussite pour ce roman qui remplit parfaitement sa mission : nous faire réfléchir, nous mettre mal à l’aise, nous emporter dans son histoire sans pouvoir s’en sortir avant la dernière page, qui arrive un peu trop vite.

2 Replies to “Royal : du droit, de la coke et du cynisme”

  1. Avant tout je tenais à dire que j’adore le nom de la Maison d’Edition 👌🏻 tellement québécois! Et je pense que ce livre n’aurait pas pu être publié ailleurs. Je dois t’avouer que déjà la 4è de couverture m’a dérangé, j’ai aimé mais j’ai eu cette drôle d’impression à la fois. Clairement pas leg genre de livre que je lis mais j’ai aimé ton analyse du sujet. Ca m’intrigue!

    1. Oui ! Je suis fan de cette maison d’édition rien qu’avec leur nom haha, et en plus de ça ils font des bons livres, que demander de plus ? C’est clairement un livre dérangeant oui, et ça ne fait qu’empirer au fil de la lecture. Si jamais tu te sens l’âme aux frissons un de ces quatre, franchement fonce parce qu’il est vraiment génial 🙂

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