Not everything had gone to plan but we made the best of what we had, you know?

En tant que personne pas mal stressée par la vie de façon générale, l’expatriation est à la fois une expérience d’une difficulté inouïe et un mal nécessaire qui m’a permis de passer outre un certain nombre de peurs. Décider de partir, c’est stressant, le départ est stressant, la vie loin de tes proches c’est stressant, et décider de rentrer c’est stressant. Et pour la plupart de ces étapes, le stress est décuplé par la pression que tu te mets pour ne pas décevoir tes proches.
J’ai peur de décevoir les gens, tout le temps. C’est genre le pire truc qui pourrait m’arriver ou presque, qu’un parent ou un ami me dise que je l’ai déçu. J’attache environ zéro importance à ce que pensent les autres de moi, de façon générale, mais quand il s’agit de mes proches, c’est totalement différent. Et s’expatrier, c’est une des plus grosses sources probables de déception à mes yeux. Prendre la décision de partir, on n’est pas si nombreux à la prendre, en proportion. Alors c’est toujours vu comme un acte un peu héroïque (combien de fois j’ai entendu “ohlala, tu as du courage, moi je pourrais pas”!) et tout le monde s’attend à ce que tu fasses de grandes choses, que tu vives des aventures incroyables. Mais c’est pas toujours le cas. Finalement, moi j’ai juste vécu une vie à peu près semblable à celle que j’aurais eu si j’étais restée en France, sauf que j’étais sur un autre continent et qu’au lieu d’aller en week-end à Bordeaux j’avais la chance d’aller en week-end à Toronto. Mais dans la vie de tous les jours, tu vas au travail, tu rentres fatiguée, le weekend tu sors. Comme en France en fait. Mais avec le fait que t’as pas tant de vie sociale que ça parce que tu connais pas grand monde en ville, et que tes proches te manquent comme pas possible. Je me suis toujours moquée des candidats de Koh Lanta qui chialent après une semaine ou deux loin de leurs proches mais putain maintenant je les comprends. J’en menais pas large au bout de trois jours et moi j’avais le ventre plein et un vrai lit où dormir. Je le sais et je l’ai toujours su, que mes proches occupaient une grande place dans ma vie, mais rien n’aurait pu me préparer à la difficulté de cette expérience, émotionnellement parlant. Le pire étant évidemment pendant les fêtes de fin d’année, même si j’ai eu la chance de les passer en compagnie de personnes exceptionnelles. Bref, vivre loin de tout le monde, c’est dur. Et prendre la décision de rentrer, c’est encore plus dur. À toutes les réflexions et débats intérieurs désagréables qui te poussent à prendre une décision que tu as peur de regretter, s’ajoute la peur de décevoir les gens. J’ai fait la maline à dire à tout le monde que je partais pour deux ans, et me voilà à devoir annoncer à tous qu’en fait je rentre après un an seulement. J’ai l’impression d’avoir laissé tomber et déçu tous ceux qui m’ont dit de profiter à fond de cette expatriation. J’ai l’impression de ne pas être crédible quand je donne les raisons qui m’ont poussé à prendre cette décision. Quand on me demande avec virulence pourquoi j’ai décidé de rentrer ou si je suis sûre d’avoir pris la bonne décision, j’ai l’impression qu’on me reproche un peu de ne pas avoir assez profité, que je gâche la chance qui m’a été offerte, et que quelqu’un d’autre à ma place aurait davantage et mieux profité de cette expérience que moi. Alors que déjà c’était pas une décision facile à prendre, avoir tout le monde qui me demande si je suis sûre, ça ne m’aide pas vraiment à dormir sur mes deux oreilles.
Mais la vérité c’est que j’ai l’impression d’être arrivée au bout de cette expérience, d’avoir tiré tout ce que j’avais à en tirer. Alors oui, je pourrais explorer davantage le Canada, le Québec, ou même juste Montréal. Non je n’ai pas tout vu. Non, je n’ai même pas fait tout ce que je voulais faire tant que j’étais ici. Mais il me manque deux choses tout aussi importantes quoique fondamentalement différentes pour continuer cette aventure : l’argent et la motivation. Passons sur la première (le discours anticapitaliste enflammé ça sera pour une autre fois), et concentrons nous sur la seconde. Je pense que j’avais vraiment besoin de cette expérience nouvelle à la fin de mes études pour clore un chapitre de ma vie tout en n’entamant pas trop vite le suivant, celui de la vie d’adulte avec un travail, un appartement et une routine. Cette expérience était comme une interlude qui m’as permis de profiter, de vivre un peu au jour le jour (toutes proportions gardées), de me laisser porter un peu et d’apprendre à lâcher prise. Elle m’a également permis d’apprendre énormément de choses sur moi-même et d’évoluer en tant que personne. Mais au bout d’un an à ce rythme, l’incertitude c’est plus le fun. Aujourd’hui, ça ne m’apporte plus que du stress et des nuits sans sommeil. Le fait que je sois en train d’écrire tout ça à deux heures du matin en est la preuve. Le fait est que, je n’aurais jamais cru dire ça un jour mais, j’aspire à la stabilité, à la tranquillité. J’ai envie de me poser, d’avoir un travail qui me plaît, dans lequel je me sens bien, un appartement à moi. J’ai envie de commencer ma vie de grande personne. Ça y est, mon heure est venue, je crois qu’il faut que je devienne adulte. Même si je continuerai à ne rien ranger, à inventer des chansons qui ne font aucun sens, à manger des céréales en guise de dîner et à me conduire comme une gamine immature avec mes amis, une partie de moi est prête pour la suite. Alors oui, j’aurais pu vivre cette vie à Montréal. Mais la vérité c’est que, opinion impopulaire, j’aime Paris, j’aime y vivre, j’aime tous ses bons et ses mauvais côtés, et je ne me vois pas vivre ailleurs qu’au milieu de cette foule de râleurs pressés et désagréables. Donc je rentre.

Voilà, tout ceci est brouillon, désorganisé et beaucoup trop plein d’émotions, mais j’avais besoin de l’exprimer. En espérant ne pas vous avoir (trop) déçus.

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